» Dans ce blog je partagerais avec vous, des chroniques, des contes et des nouvelles.
Longtemps gardés dans mes tiroirs je les expose enfin. A travers ce blog mes écrits pourront respirer, inspirer peut-être, amuser certains et en faire rêver d’autres.
Je tiens à souligner qu’il s’agit d’une œuvre de fiction. Toutes ressemblances avec des faits ou des personnages réels est strictement fortuite.
J’ai hâte de recevoir vos retours et vos réactions.
Très bonne lecture « 

Bouchra Belefquih

Être élève officier médecin confère certains privilèges.

Morjana et ses promotionnaires avaient droit à des cours de soutien en biochimie, mais aussi à des cours d’anglais.

Les mardis soirs, des professeurs de l’école de langue militaire se déplaçaient à l’ERSSM pour faire profiter les EOM de séances de renforcement dans la langue de Shakespere.

Les salles de classes étaient équipées de casques pour les « listening ». Les cours étaient obligatoires et étaient donc une occasion où tous les EOMs de la première année à la cinquième année médecine se retrouvaient, ceux qui dormaient à l’école (internes) comme ceux qui vivaient en dehors (les externes).

Ils étaient répartis selon leur niveau en Anglais. Des «EOM premières années » se retrouvaient donc dans la même classe que des cinquièmes années. Ce qui amusait les uns et mettait mal à l’aise les autres.

Les officiers d’encadrement veillaient à ce que ces cours se passent dans les meilleures conditions.

Ce mardi là était leur deuxième cours de l’année. Ils avaient passé le test la semaine précédente Ce soir là Morjana et deux de ses Co promotionnaires cherchaient leurs noms dans les listes des groupes.

— On est ensemble.  Groupe C.

Morjana était enthousiaste. Ces cours étaient aussi un prétexte de se revoir entre copines, de prendre un café et de s’exercer à la conduite. Son papa l’a enfin laissé prendre la voiture sans la présence d’un accompagnateur. Autrement dit sans sa présence à lui.

Morjana demanda

— Tiens le groupe a quand même changé! Par exemple, Amine n’y est plus.

— C’est normal qu’on l’ait laissé dans le niveau débutant, l’autre jour pendant le test il a levé la main pour demander l’heure.

— Et alors ? c’est quoi le rapport ? s’interrogea Morjana, qui n’avait pas passé le test dans la même salle que Aya et Amine.

Aya éclata de rire avant de raconter, d’une voix étouffée :

— Le « rapport » c’est qu’il voulait poser la question en anglais..HHHHHHH

La voix de Aya se hâcha de plus en plus, et son rire devint contagieux même si Morjana et les autres ne comprenaient encore pas la raison derrière. Elles essayèrent de l’encourager.

— il s’est même levé pour poser la question..HHHHHHHH

— Et ???

S’impatientèrent les amies de Aya

— « What time tez tez  please ? »hhhhhhh

Les amies rejoignirent complètement le fou rire de Aya qui répéta

— « What time tez tez ? » il a dit. hhhhhh

Morjana compris que le Professeur d’anglais était tellement choqué qu’il n’a même pas regardé les réponses du test du jeune homme. Amine ne savait même demander l’heure en anglais. Il fallait reprendre depuis le début avec lui.

Les deux heures de cours se passèrent sans incidents, entre le casque sur la tête qui débitait des textes de médecine en anglais et les officiers devant la porte, il n’y avait pas de champ de manœuvre pour des écarts pendant la classe d’anglais. Morjana avait l’impression de suivre un cours de traduction. Elle se rappelait les cours de traduction des textes scientifiques du lycée. Et elle se demandait si ce type de cours avait déjà aidé quelqu’un à apprendre une langue.

La sonnette de fin de cours, l’arracha à ses pensées. Fini le listening. Commençait maintenant la partie la plus intéressante de la soirée : rentrer en voiture à la maison.

Elle avait obtenu son permis l’année dernière, mais ce n’est que depuis une semaine que son papa lui céda les clés de la voiture.

Conduire avec lui dans le siège passager était devenu impossible. Elle avait l’impression de passer le permis chaque jour. A moins d’être un robot exécutant et d’avoir des réflexes de mouches et des dons de voyance pour anticiper les directives de son père, elle ne pourra jamais le satisfaire. A défaut elle décida de faire grève.

Soit il lui fait confiance et la laisse conduire, soit elle laisse tomber.

Bien sûr, ce genre de chantage ne fonctionne qu’avec les parents. Car toute personne sensée aurait au contraire encourager Morjana a laissé tomber la conduite pour le bien de l’humanité.

Mais contre toute attente, sa grève marcha. Son papa et elle, décidèrent d’un commun accord de qu’elle ne conduira plus en sa présence (il s’épargnera ainsi la torture d’assister au spectacle lamentable de Morjana au volant) mais qu’il lui laissera la voiture pour partir aux couleurs du vendredi et aux cours d’anglais le mardi soir (ce qui lui épargne des réveils à 6h du matin le vendredi et de jouer au chauffeur le mardi à 21h). Bref, un accord gagnant-gagnant.

Morjana était pourtant très confiante. Tellement confiante qu’elle avait proposé à Aya de passer la prendre au lieu du chauffeur. Aya s’en est longtemps mordu les doigts.

A la sortie du cours, ce mardi là, Rim leur proposa de les ramener.

— Non j’ai la voiture, Aya est venue avec moi. Répondit fièrement Morjana

— C’est bien ça. Félicitations. Tu conduis depuis longtemps ? Se réjouit Rim

— Pas très longtemps. S’empressa de répondre Aya. (Sa voix trahissait une petite angoisse)

— Assez longtemps. Rajouta Morjana confiante.

— Je vais quand même dire au chauffeur de vous suivre. Il est 21h. c’est mieux. Proposa Rim.

Aya était contente. Elle prévint Rim.

— Morjana conduit lentement.

— Je respecte les limitations de vitesse! S’indigna Morjana

Pour arriver à 19h ce soir-là, elle était sortie à 17h30. 1h30 pour un trajet de 20 min. Morjana conduisait lentement. Très lentement.

Conduire lui conférait un sentiment de légèreté, de liberté et d’indépendance, que traduisait difficilement le spectacle de la fiat qui traversait les avenues de Rabat en rampant à 40 Km/h.

Ce soir là, le chauffeur de Rim, un ancien militaire retraité, un as de la conduite, dut suivre Morjana d’un bout à l’autre de Rabat, à la vitesse honorable de 30km/h.

Car Morjana n’aimait pas enfreindre les lois. Pour cela, elle gardait toujours une marge de manœuvre. 10 Km/h. Elle s’agrippa à son volant, en mettant la musique à fond. Déposa Aya à l’Agdal au bout de 30 min, et arriva chez elle après 1h de route. Il y avait moins d’embouteillage qu’à l’aller ; ça roulait vite. Elle remercia le pauvre chauffeur d’un geste de la main avant d’ouvrir la porte du garage et de rentrer.

Le lendemain, Rim racontait à qui voulait l’entendre, que son chauffeur a eu le temps de s’arracher tous les poils du corps, entre l’ERSSM et la maison de Morjana.

La rumeur ne fit pas flancher les convictions de la jeune conductrice sur le respect des limitations. Rien ne pouvait entamer sa joie de pouvoir enfin conduire toute seule. Cette année là, elle avait encore grandit.

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