Il est 8 h 15 (nouvel horaire !), elle prend la route du boulot comme chaque matin… dans le lecteur CD, un vieil album égyptien qui grince un peu aux dernières chansons ! (C’est l’âge on n’y peut rien, plongée dans une douce nostalgie, elle rejoint le flux des voitures qui défilent, se pressent, s’amoncellent, se bousculent, et finissent par s’agglutiner à l’infini !
Elle est en plein embouteillage, elle continue à chantonner, ce n’est pas un banal embouteillage qui entamera sa « bonne humeur ». Le temps passe !
Une embouchure d’autoroute, un pont bondé et deux feux rouges plus tard, la voici arrivée au boulot, lessivée, chantonnant nerveusement le disque bloqué depuis une demi-heure, et s’accrochant de façon hystérique à son prétendu calme résistant à toute épreuve !
Après l’embouteillage, le parking !
« Sois optimiste, maintenant tu as TA PLACE de Parking avec TON NOM, écrit dessus ! »
Eh oui, elle a enfin tracé les lettres de son nom sur le sol du parking ! Morjana à sa place parmi les autres après 3 ans d’exercice, 3 ans de galère, 3 ans de dépannage, voilà qu’elle vient d’arracher une place de parking (vaux mieux tard que jamais !)
Elle fait le tour des bâtiments, sa place est au dernier parking, elle s’avance, mais voilà que quelqu’un a profité de son retard pour prendre la précieuse place… que d’efforts, que d’attentes, qui s’évaporent d’un coup !
« Elle doit refaire le tour ? Chercher encore une petite place sur un trottoir ? Redemander aux autres de partager leur place de parking ? »
Elle panique, son désarroi est total, autant que sa colère !
« Pourquoi c’est moi qui vais galérer aujourd’hui ?! Elle refuse. Fini Morjana la gentille ! »
Elle se gare en plein milieu du passage, en parallèle avec la voiture de l’usurpateur, elle essaye de serrer son stationnement au maximum, d’abord pour laisser un petit passage pour les autres, mais surtout pour bloquer le malheureux, elle avance, elle recule, elle manœuvre, elle avance encore un peu… voilà, ma petite « Jazzounette » est quasiment collée à l’horrible voiture noire qui a volé sa place, y a même son rétroviseur droit qui bloque le rétroviseur gauche de « l’ennemie »… brave petit rétro…
Elle descend, prend nerveusement sa sacoche à PC, et elle monte d’un pas déterminé (avec un peu de recul, elle dirait que sa démarche était un peu plus hystérique que déterminé !)
Une fois au boulot, la routine la happe, l’engloutis et lui fais oublier un moment sa petite mésaventure, sa voiture qui bloque la voie, le risque qu’on la raille au passage… et sa colère, sa place difficilement obtenue, si prestement enlevée !
Ses automatismes reprennent le dessus, jusqu’au moment où une dame se présente à son bureau : « Mme vous me bloquer ! je veux sortir et votre voiture me coince ! »
Morjana ne lève même pas la tête de son PC : « Vous avez pris ma place ! » oui, c’est naturel… c’est sa place, elle n’en chercherait plus d’autre, elle est sèche et tranchante.
« Mais ce n’est pas la vôtre, il n’y a aucun nom dessus ! »
Rien ne révolte plus Morjana que quelqu’un qui refuse d’admettre sa faute !
« Il y a un nom dessus ! Bien sûr qu’il y en a un, et c’est le mien »
« Non il n’y en a pas »
Elle refuse de poursuivre cette discussion.
« Je ne vais pas perdre mon temps avec vous, je travaille… allez lire mon nom sur le sol et revenez, quand j’aurais fini. C’est ma place ! »
« Mais il n’y a aucun nom sur le sol ! Et puis, où vais-je me garer moi ? » Dit-elle presque en sanglot
Le culot !
Elle ne la regarde plus, elle a déjà eu sa dose de nervosité et de faux problèmes de la journée, elle ne veut plus être gentille, c’est bon… elle tient bon, comme ça, tous les potentiels « voleurs de place » y réfléchira à deux fois avant de s’en prendre à la sienne !!
La journée, se poursuivent, comme d’habitude, avec ses faux problèmes, ses quiproquos, sa routine. Morjana a même eu à se déplacer une ou deux fois, et à chaque fois elle a croisé la « voleuse de place », elle l’a regardé droit dans les yeux, elle a serré tous les muscles de son visage (ça lui a même fait mal une fois !)… C’est « Morjana qui ne se laisse pas faire aujourd’hui, la dure cuite ! »
Elle a tardé ce jour-là (elle jubilait : rares sont ceux qui tardent autant au bureau… elle s’est vengée bien comme il le fallait).
Elle grimpe dans sa voiture, la dame grimpe par le siège passager, car Morjana bloquait la porte-conducteur, elle jubile, l’autre conductrice la regarde avec consternation, presque aux larmes.
Morjana la regarde du coin de l’œil, elle jubile, elle a un coup de fil à passer avant de démarrer, elle prend son téléphone et elle appelle, il fait chaud, l’image de la dame coincée dont le visage se crispe davantage se reflète sur son rétroviseur, elle jubile encore…
« J’ai le droit de prendre mon temps quand même… »
Elle démarre enfin, elle sort du parking, elle tourne et elle jette un dernier coup d’œil à sa précieuse place et à l’usurpatrice qui démarre… mais… attends un peu, un, deux, trois… elle est censée être avant-dernière, pourquoi y a deux voitures derrière elle… un, deux, trois…. Malheur… de malheur…
« LA PAUVRE… j’ai bloqué la mauvaise place ! »…
À force de manœuvres et d’empressement le matin, Morjana a bloqué la place qui n’appartient en effet à personne…
« Oups… grand OUPS ! Pour ce qui est de faire la méchante, j’ai fait un sacré numéro aujourd’hui ! »
« Et la pauvre qui a attendu, jusqu’à pas d’heure ! » monologuait Morjana
Elle a les yeux qui s’écarquillent, les épaules qui se hochent, un grand soupir… quand on veut faire les durs, et qu’on n’a pas l’habitude, c’est franchement désastreux… « Morjana la dure à cuire » c’est plutôt « Morjana la SALOPE »
On doit l’avoir traité de tous les noms ce matin, partout… mais dis donc que c’est efficace, d’être méchant, personne n’a osé lui dire quoi que ce soit en face…
Sa leçon, elle doit l’avoir donnée quand même… si elle a fait une telle hystérie pour une place qui n’est pas la sienne, qu’on sera-t-il de sa place !
Elle continue à rouler, trop tard pour s’excuser ! Un sourire un peu honteux, certes, mais un sourire irrépressible se dessine sur son visage.
« Ce n’est pas pour toi la méchanceté, trop de victimes collatérales »
Après le sourire, un soupir, il va falloir s’excuser demain « justement si on finira par s’excuser, à quoi bon se montrer méchant, intransigeant, autant rester dans sa complaisance habituelle ? »
Maudite éducation… ses parents l’ont formaté, elle ne pourrait plus croiser cette dame sans avoir envie de disparaître si elle ne m’excuse pas…
Encore faut-il trouver la bonne formule : « excusez-moi de vous avoir grondé, bloqué, fait attendre, dénigrer, brimer, mépriser pendant une journée de travail, je me suis trompé d’une place »… le plus irritant c’est que le vrai coupable s’en est sorti sans blâme…
« Pardon, c’est juste tombé sur vous, vous savez bien, il faut bien que ça tombe sur quelqu’un ! » trop sarcastique
« Excusez-moi, je voulais bloquer la voiture à côté… sans rancune… »
Elle rentre, sa routine domestique la happe, elle lui épargnera de penser à l’incident du jour pendant un moment…
Elle s’excuserait demain, aujourd’hui, elle a été une vraie « salope »… deux constats : primo, elle en est capable, deusio, ce n’est pas si mal (sans victime innocente, bien sûr) Demain, elle s’excusera, aujourd’hui elle ne s’est pas laissée faire… et elle jubile…

Laisser un commentaire