» Dans ce blog je partagerais avec vous, des chroniques, des contes et des nouvelles.
Longtemps gardés dans mes tiroirs je les expose enfin. A travers ce blog mes écrits pourront respirer, inspirer peut-être, amuser certains et en faire rêver d’autres.
Je tiens à souligner qu’il s’agit d’une œuvre de fiction. Toutes ressemblances avec des faits ou des personnages réels est strictement fortuite.
J’ai hâte de recevoir vos retours et vos réactions.
Très bonne lecture « 

Bouchra Belefquih

« Je scrolle et je pleure »

« Je scrolle et je pleure »

« Je scrolle et je pleure »

Cette phrase m’obsède depuis le dernier concert de Ibrahim Maalouf,

Une soirée casablancaise festive comme on les adore

Un festival réussi, du Jazz dans la ville blanche que noircissent

Pot d’échappement, sueurs et béton des chantiers à ciel ouvert

Et sous le ciel ouvert, les trompettes

Les trompettes jouaient son morceau « Au revoir »

Les torches des portables se balançaient au rythme de la musique

Nous fredonnions la mélodie tant bien que mal guidés par le maestro

Car Ibrahim Maalouf est un maestro de la scène et de la musique

Et l’espace d’un instant il a fait de nos cordes vocales les instruments d’un orchestre improvisé.

il nous as demandé de murmurer les notes tristes en pensant aux oubliés

« Je scrolle et je pleure

A-t-il dit

Ça fait des mois

Que je scrolle et que je pleure »

La musique me touche

Tient c’est curieux

Très peu de chose me touchent

Elle m’a prise par surprise

Cette communion des instruments et des voix

Je ferme les yeux

« Je scrolle et je pleure «  a-t-il dit

Tout le monde se prête au jeu ou presque,

Le silence se fait autour de la scène

Seule la mélodie, douce, triste, implacable, persiste

J’entend ma voix qui vibre,

J’entend la voix de cette foule de festivaliers détendus

De distraite, elle se fait régulière

De timide, elle gagne en assurance, en profondeur

Elle se mélange au son des trompettes

Elle mue

Elle se transforme en prière

« Je scrolle et je pleure » a-t-il dit

Moi aussi je scrolle

Je scrolle et je scrolle

Je swipe

Je click

Je défile les images

Ça fait des années que je suis happée

Par les images, les vidéos, les sons

La petite lumière bleue

Je scrolle aussi

Mais je ne pleure pas

Je ne pleure plus

Je scrolle, je swipe, je click

J’ai appris tout le vocabulaire

J’ingurgite, les images,

Les commentaires,

Les vidéos,

Je ne flanche pas

Je ne flanche plus

Il faut être solide pour regarder

Les images

Chaque soir

Plus affreuses que le soir d’avant

« Je scrolle et je pleure » a-t-il dit

La mélodie devient fièvre

Insistance,

Persistance

Elle me transporte

Elle me transperce

« Je scrolle et je pleure » a-t-il dit

Moi aussi je scrolle

Mais je ne pleure pas

J’ai une carapace autour du cœur

Ou Peut être

L’ai-je perdu mon cœur ?

Quelque part

Au pied d’une injustice

Au fond d’une nuit sombre

Au bout d’un souffle

Je ne me rappelle plus

Moi aussi je scrolle

Et je ne pleure pas

Je ne pleure plus

Les images qui défilent sont pourtant les mêmes

Je scrolle aussi bien

Même trop bien

Record de temps d’écran

Tendinite du pouce

Blocage des cervicales

Tous mes témoins

Je scrolle bien

Mais je ne pleure pas

Je ne pleure plus

C’est peut être la vitesse des images

Les unes après les autres

Des infos qui se suivent

Qui se bousculent

Qui rivalisent

L’horreur quotidienne

Le gore, le trash

Le vulgaire

Partout

Les images qui défilent

Qui frappent

Qui révoltent certains

Qui font pleurer d’autres

Qui anesthésient

La douleur s’éteint quand on frappe

Toujours au même endroit

Mes yeux ? mon cœur ?

Mon ame ? mon esprit ?

Les images défilent

Les images déchirent

On ne m’émeut plus

« Je scrolle et je pleure » a-t-il dit

Pourquoi ça m’obsède ?

C’est un artiste

Il sent

Moi je ne sens pas ?

Moi aussi je scrolle et

Je ne pleure pas

Je scrolle à en perdre le souffle

La musique monte

La mélodie fredonnée aussi

Sur mes joues

Des larmes

La musique monte

Elle se mue

En prière

En plainte

En douleur sourde

La musique monte

Puis s’éteint

Le silence

« Je scrolle et je pleure » a-t-il dit

Ce soir je pleure aussi

Je pleure, mon impuissance

Ma solitude

Ma détresse

Ma colère

Je pleure le vide au fond de moi

Je pleure ma peur du monde

Je pleure

Car moi aussi je scrolle

Mais quand je scrolle,

Je ne pleure pas

                                                                                             Bouchra Belefquih

                                                                                                 26 Juillet 2025

2 réponses à « « Je scrolle et je pleure » »

  1. Avatar de
    Anonyme

    très touchant.

    Bravo Mme belfquih

    Aimé par 1 personne

    1. Avatar de
      Anonyme

      La vie est ainsi faite , tout passe, mais notre imaginaire Scroll tout, certains en pleure d’autres tenaces.

      Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire