» Dans ce blog je partagerais avec vous, des chroniques, des contes et des nouvelles.
Longtemps gardés dans mes tiroirs je les expose enfin. A travers ce blog mes écrits pourront respirer, inspirer peut-être, amuser certains et en faire rêver d’autres.
Je tiens à souligner qu’il s’agit d’une œuvre de fiction. Toutes ressemblances avec des faits ou des personnages réels est strictement fortuite.
J’ai hâte de recevoir vos retours et vos réactions.
Très bonne lecture « 

Bouchra Belefquih

Le printemps est une saison vicieuse et impertinente ! Elle affiche beauté et tentation et nous abreuve jusqu’à l’étourdissement de cet air, rempli de phéromones et de parfums, qui nous abrutissait, nous droguait !

Morjana avait rédigé sa demande sous l’influence de cet élixir pernicieux.

Elle se sentait vivre, revivre après la trêve hivernale, et les longues nuits de préparation d’examen. Elle se sentait capable de tout, « limitless », auraient dit l’américain.

Elle voulait sauter !

« Les meilleurs réussiront à avoir le badge en forme d’ailes avec un parachute au milieu »

« C’est quoi cette histoire de badge ? » avait-elle demandé innocemment.

« C’est le stage de “Para” ! N’en as tu pas entendu parler ? » Certains parmi les garçons de la promo vont le faire. Seulement deux ou trois. Les plus téméraires, les plus militaires. Ça dure un mois… de quoi meubler les longs étés ennuyeux !

« Je le veux aussi ! »

Elle les regardait d’un air qui leur a sûrement paru ridicule, car ils ont tous éclaté de rire.

Une fille élève officier médecin « Z’EOMA » chez les Paras ! C’est imparable.

La blague de la saison !

Ils avaient ri, avaient changé de sujet, et avaient oublié. Mais pas Morjana !

Elle va déposer sa demande.

Il y a bien des filles sous-officiers chez nos parachutistes pourquoi pas une médecin parachutiste ?

« De l’élève Officier médecin… rêveuse effrontée…

À celui qui prend toutes les décisions…

Elle veut apprendre à voler… ou plutôt à tomber en chute libre… et elle veut le faire aux frais de l’armée… elle n’a aucune intention de s’en servir sur un champ de bataille.

Elle veut juste ressentir ce que ça fait.

Et le badge sur l’uniforme, ça fait cool, elle veut en avoir un aussi…

Signé Morjana la farfelue »

Demande déposée…

Ce n’est sûrement pas ce qu’elle a écrit, mais cela doit être ce qu’ils ont lu…

La farfelue qu’elle est ne s’est pas contentée de déposer sa demande, elle a réussi à convaincre sa cochambrière et grande copine de faire ça avec elle.

« Ça nous fera un mois de vacances en plus, avec du sport en prime. »

Ça fait deux filles en deuxième année médecine militaire qui demandent le stage « Para » !

La nouvelle se répandit… la polémique était ouverte !

Les officiers encadrants étaient partagés. Nombreux voyaient que c’est pure folie de laisser partir des filles de l’école un mois dans une base de parachutistes ! D’autres les soutenaient.

Le Commandant responsable, qui était artiste à son temps libre, leur a même promis de peindre un portrait des deux une fois le brevet de Para décroché, et de le mettre dans son bureau tant il était fier de leur initiative.

Les élèves de toutes les promotions les abordaient pour leur demander si c’était vrai !

Si elles avaient vraiment déposé cette demande ou si ce n’était qu’une rumeur !

Des gens qu’elles ne connaissaient pas les apostrophaient d’un air amusé : « Alors c’est bien vous les filles qui veulent sauter ! »

Morjana était sur un nuage, rêvant déjà du stage qui approchait.

C’est en juillet. Il fallait avoir validé ses matières en première session. Elle n’avait pas de crainte à ce propos. Les études ont toujours été son sport favori. Et du sport, il fallait en faire pour être en forme pour juillet.

Elles commencèrent à sortir courir régulièrement et à se renforcer pour se préparer.

Leur engouement sembla contagieux.

D’habitude, seules une demande ou deux demandes maximum sont déposées par promotion de médecins militaires pour ce stage. Les gens n’étant pas suicidaires, très peu d’entre ces médecins en herbe avaient envie de se jeter d’un avion à 1500 m d’altitude.

Sauf que cette année, les garçons de la promotion, voyant que même des filles avaient osé déposer leurs demandes, et se faisant traiter de « mauviettes » par les officiers d’encadrement, finirent par déposer tous une demande pour faire le stage de parachutistes.

Une promotion entière de médecins parachutistes, ça a dû les faire rigoler à la direction de l’école.

« Tu sais que c’est dur comme stage, c’est du sport intensif chaque jour du petit matin jusqu’au soir ! »

« Oui, ça va être génial », répondit Morjana avec les yeux qui brillent. C’est de l’inconscience pure et dure, mais l’attrait du saut dans le vide l’obsédait.

Et de son promotionnaire qui rajoute : « cette année va être phénoménale chez les parachutistes, ils vont voir des “filles médecins” de prêt et, en plus, il y en a une aux yeux bleus, il y aura une émeute chez les “Paras” ! »

Elle avait l’habitude, de ce genre de réflexion, elle laissait glisser et elle les ignorait !

Mais peut-être que ses supérieurs ne les ignoraient pas !

Le mois de mai, était passé, les examens aussi, les résultats étaient bons, le mois de juin suivi, elles continuaient à courir, à rêver. Mais aucune réponse ne venait.

Un matin pour avoir le cœur net, avec son optimisme inébranlable, Morjana traîna sa copine pour un rendez-vous avec le directeur de l’école.

Elles passèrent par le bureau du commandant, qui leur montrait la place qu’il avait réservée au futur portrait des deux premières filles parachutistes de l’ERSSM, quand le Médecin Colonel directeur de l’école entra dans son bureau.

D’habitude très aimable et bienveillant avec les deux jeunes élèves, il faut dire que, jusqu’à ce jour, elles ont toujours été connues comme des filles studieuses et disciplinées, le Colonel ignora jusqu’à leur présence dans le bureau.

Elles s’étaient levées et elles s’étaient fondues d’un salut militaire dans les règles, agrémenté d’un sourire qui commençait déjà à disparaître.

Le colonel s’adressa au commandant sur un sujet administratif, quand celui-ci lui dit : « Mon Colonel, voici les deux filles qui ont déposé leur demande de stage Paras ! »

Il se retourna vers elles : « finissez vos examens »

Elles étaient surprises : « Mais mon colonel, on a fini les examens, on a eu les matières en première session ! »

Il était irrité : « j’ai dit “Diwha fe9raytkoum” » (occupez-vous de vos études !)

Et il sortit ;

Il les planta là et il quitta la pièce.

Son ton était sans appel.

Elles restèrent figées pendant un moment. Le commandant ne savait que dire, il balbutia quelques mots, elles balbutièrent aussi en réponse et elles sortirent du bureau ;

Morjana avait les larmes sur le bord des paupières, elle devait regagner sa chambre au plus vite.

Cette année-là, aucune demande n’a reçu de réponse favorable.

Au lieu d’envoyer une promotion entière, l’ERSSM n’a envoyé personne.

Personne n’en parla plus. C’est comme si tout ça n’était que pur fantasme, les demandes refusées, comme les stages d’été, et comme les filles aux yeux bleus qui sautent…

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